Pourquoi faut-il toujours marcher?

Posted July 8, 2021

Sœur Thérèse-Marie Potelle, rscm
Maison Mère

Dès mes premiers pas dans la vie religieuse m’a été donné de découvrir cette insistance du Père Gailhac «  Marcher, marcher sans arrêt. Conformément à l’Esprit Saint, s’arrêter c’est reculer » 

Le Père Gailhac était un familier de l’Evangile de St.Jean. Il a certainement beaucoup médité ce que Jésus nous  dit : » Marchez tant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous arrêtent pas » (Jn 12,35)  Pour marcher, il faut des pieds ! Dans le vocabulaire chrétien, il y a beaucoup de références à nos pieds : la route, le chemin, l’itinéraire, avancer, partir… Le vocabulaire de la marche est employé dans son sens symbolique mais il fait quand même référence à une expérience concrète : on trouve plus de 500 fois le mot pied dans la Bible !  Les pieds concrétisent le contact avec la terre, le réalisme de la vie, ils me font tenir debout et me rendent capable de me déplacer. J’ai la chance et la joie de participer à un club de randonnée dans le cadre splendide du Lac du Salagou près de Béziers. Une expérience formatrice de la vie avec ses dénivellés, ses descentes, ses cailloux, ses précipices, ses découvertes de la nature…  Sur les sentiers de randonnées ou les chemins de pélerinage ou tout simplement chaque matin pour vivre la journée, mes pieds me font avancer, aussi faut-il en prendre grand soin. Avec mes pieds, je peux me projeter en avant et aller vers l’avenir. Ils rendent possible la rencontre des autres et les changements  de regard ou de mode de vie que les déplacements rendent inévitables. Quand Dieu appelle Abraham à quitter son pays, il en fait un marcheur ; quand il appelle Moïse à libérer son peuple, il en fait un guide. Les patriarches de la Bible sont d’abord des voyageurs, des personnes en mouvement prêts à l’aventure et à la rencontre. Ils ne sont pas restés accrochés à leur tente ! Des interrogations naissent alors en moi dans ce monde en mouvement.

 Les prophètes ont, eux aussi,courru, pris la fuite ou sont arrivés à l’improviste… La Bible ne raconte pas seulement leurs idées ou leurs discours mais aussi leurs déplacements, leurs marches. Les pieds font prendre possession de la terre, laissent des empreintes , servent à mesurer, sont vulnérables avec leur talon d’Achille ou forts parce qu’il peuvent fouler le mauvais. Pierre remet droit sur ses pieds le boiteux de la Belle Porte (Act3,7) pour qu’il vive pleinement et loue Dieu. N’est ce pas notre Mission à chaque pas, et chaque jour : « Qu’ils aient la vie et la vie en abondance! » (Jn10,10)

Dans l’évangile, une femme a l’intuition de mettre les pieds de Jésus à l’honneur : elle les lui lave avec ses larmes, les parfume et les essuie avec ses cheveux (Lc 7,38) Elle a saisi la clé de l’incarnation et mêle dans ce geste son amour, sa reconnaissance, sa demande de pardon et son offrande pour Jésus. Elle se met à ses pieds et les soigne parce qu’ils sont uniques, qu’ils concrétisent le salut et la vie qui s’approchent.

Jésus, le maître, prend la place du serviteur et lave les pieds de ses disciples « pour qu’ils aient part avec lui »( Jn13,8). La relation de service , d’humilité et d’amitié du lavement des pieds donne de faire corps avec Jésus, d’être greffé sur lui et de vivre dans son intimité. N’est ce pas ce que le Père Gailhac nous recommande :  « Aimer Dieu de tout votre être, vous aimer mutuellement comme Jésus Christ vous aime , répandre dans tous les cœurs ce double amour, ne pas vous donner de repos jusqu’à ce qu’ils en soient tout brûlants : voilà votre vocation »(Const,39) Marcher avec quelqu’un, c’est se solidariser avec lui, mettre ses traces dans les siennes.  Jésus rejoint les disciples d’Emmaüs dans leur marche. Il est avec eux, il les accompagne sans prendre leur place. Il les rend capables d’aller vers les autres et de le rencontrer par la parole et la fraction du pain. Le corps est investi par les pieds pendant que le cœur est travaillé. Et ainsi l’Esprit donne aux pieds des disciples le zèle nécessaire pour répandre l’Evangile de paix  et aujourd’hui encore « nous  pousse à proclamer l’amour fidèle de Dieu. »  à leur suite.  Prenons notre baton de marche !

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